Nos discussions auront, je pense, un écho dans les années futures, sur plusieurs points.
D’abord, je voudrais dire à celles et à ceux qui nous regardent et qui travaillent dans l’éducation nationale ou dans la formation professionnelle, y compris dans le secteur privé, que s’il doit rester un groupe parlementaire qui défendra toujours la qualification, c’est celui de La France insoumise. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Oui, nous savons que la qualification est une conquête historique du salariat – plus encore, que c’est sur la qualification que le salariat s’est construit. C’est par le lien entre un diplôme, une expérience et des connaissances qu’a été reconnue la valeur de la force de travail, exprimée monétairement par un salaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP. – M. Hendrik Davi applaudit également.)
Ce salaire a une monnaie d’échange stable : les diplômes d’État. Une fois que vous combinez tout cela, vous obtenez une convention collective. Telle est l’histoire longue, depuis les grilles Parodi jusqu’à aujourd’hui – et c’est ce que nous défendons : l’idée que, à tout moment dans l’existence, que vous appreniez des choses nouvelles dans votre entreprise – par l’ancienneté –, que vous changiez d’entreprise – acquisition de nouvelles connaissances –, ou que vous accédiez à la formation professionnelle – enrichissement du savoir-faire –, toute votre vie de salarié doit être marquée par le progrès, donc par une rémunération en hausse et par une qualification irréversible.
Ce que vous faites, c’est l’inverse : la soumission totale du salarié à l’arbitraire patronal. C’est le règne d’obscures réunions bilatérales, où l’employeur vous dit avoir besoin de vous pour telle tâche, vous octroie une prime pour telle compétence, et ainsi de suite. Si bien que d’un employeur à l’autre, vous pourrez gagner ou perdre 500 ou 600 euros. Et votre collègue, qui fait le même travail que vous, pourra gagner 500 euros de plus ou 400 de moins. C’est organiser non seulement une dépendance totale à l’opinion de l’employeur, mais aussi et surtout un dumping social entre salariés.
La qualification constitue, au contraire, une protection collective et une liberté individuelle. Voilà pourquoi nous voterons contre le texte.
Si nous voterons contre, c’est aussi parce que nous pouvons faire mieux – dans un an, après l’élection présidentielle ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Chaque bulletin qui, l’année prochaine, sera mis dans l’urne en faveur de Jean-Luc Mélenchon sera, en premier lieu, un bulletin…
…en faveur d’un service public de formation professionnelle et continue complète, de bout en bout. (Mêmes mouvements.) Ce bulletin ranimera la flamme des lycées professionnels, depuis 1985 jusqu’au lycée des métiers ; il dira que, oui, chaque jeune a le droit d’être formé de manière transversale et qualifiante à toutes les activités de son secteur ; qu’il a le droit à une progression professionnelle et à un apprentissage solide et robuste. (Mêmes mouvements.)
En second lieu, cette politique s’appuiera sur tout un service public aujourd’hui sinistré : les lycées professionnels, bien sûr, qui peuvent former les jeunes en atelier, plutôt que de simplement les livrer à des stages non qualifiants ; l’Afpa, évidemment, que vous avez ruinée en lui confiant un parc immobilier vétuste, la plongeant en déficit, et dont de nombreux salariés sont en arrêt maladie, à cause de la souffrance engendrée par le fait d’avoir à traiter chacun trente à cinquante stagiaires, sans pouvoir leur transmettre des qualifications comme le veut pourtant leur métier ; de même pour les Greta et pour le Cnam. (Mêmes mouvements.)
Il y a, dans notre pays, des milliers de professionnels qui savent faire mieux que ce que vous proposez. Ils peuvent prendre des stagiaires de la filière professionnelle, leur transmettre des qualifications et, ensuite, négocier avec le patronat pour faire reconnaître celles-ci dans les grilles des conventions collectives – plutôt que d’essayer de disséminer tout cela, l’un gérant la compétence, l’autre le salaire, avant de les mélanger dans la convention.
En troisième lieu, je veux dire à l’ensemble du monde syndical qu’avec Jean-Luc Mélenchon, président de la République (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP. – « Non ! » sur plusieurs bancs des groupes RN, DR et HOR), les conventions collectives prendront pour point de référence la qualification. En conséquence, année après année, tous les salariés verront leur rémunération progresser. Il n’est pas vrai qu’un salarié qui travaille pendant un, deux ou trois ans n’a pas appris ; et s’il a appris, c’est qu’il fait mieux ; et s’il fait mieux, il doit être payé plus ! (Applaudissements sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Non, la qualification ne laisse personne au bord de la route ! Avoir un diplôme, apprendre, cela ne laisse personne au bord de la route !
Vous, votre rêve, c’est que quelqu’un soit formé à utiliser une seule machine, celle qu’il devait utiliser quand il avait 16 ans ; nous, notre horizon, c’est que tous les salariés sachent faire le maximum dans leur secteur… (Le temps de parole étant écoulé, M. le président coupe le micro de l’orateur. – Les députés du groupe LFI-NFP se lèvent pour applaudir ce dernier.)