Chaque jour, en France, 164 femmes sont diagnostiquées d’un cancer du sein. Elles apprennent qu’elles auront désormais une épée de Damoclès au-dessus de la tête, qu’elles devront s’engager dans un combat long, éprouvant, aussi bien moralement que physiquement, qu’il leur faudra affronter les peurs et les incertitudes – celle de ne pas savoir si elles s’en sortiront. Elles ne sont sûres que d’une chose : elles garderont des séquelles à vie – si elles ont la chance de survivre.
Je suis l’une de ces femmes. Au début de l’année 2024, j’ai été diagnostiquée d’un cancer du sein. Je connais cette peur qui vous prend aux tripes, celle de devoir abandonner ses enfants et ceux qui nous sont chers. La première question qui vous vient à l’esprit est : pourquoi moi ?
Je savais qu’un long combat débutait et j’étais déterminée à le mener. J’ai connu les longues et éprouvantes séances de chimiothérapie, qui vident de toute énergie, impactent la vie de famille, la vie professionnelle et le quotidien ; les nausées, les vomissements à répétition, la prise de poids, la perte des cheveux ; l’ablation d’un sein avec lequel j’avais nourri mes enfants. C’est une maladie qui nous atteint viscéralement, tant elle nous attaque dans notre féminité. Elle expose aussi au regard des autres, souvent bienveillant, parfois maladroit.
Cette épreuve, je l’ai vécue comme 700 000 femmes en France. Dans ce moment difficile, j’ai décidé de continuer d’exercer mon activité de parlementaire, par sentiment de devoir envers les Tarn-et-Garonnais qui m’ont accordé leur confiance, mais aussi par solidarité envers toutes les femmes qui, malgré la fatigue, continuent de travailler parce qu’elles n’ont pas le choix – la vie est dure, même sans maladie. Dans mon malheur, j’étais consciente d’être privilégiée. Grâce à l’indemnité parlementaire dont je bénéficie, j’ai pu faire face aux différents restes à charge qui écrasent la majorité des femmes atteintes de ce cancer.
Ce texte transpartisan constitue une avancée grandement attendue par des centaines de milliers de femmes. Les discussions ont abouti à un dispositif équilibré, qui ouvre la voie à des négociations conventionnelles pour encadrer les dépassements d’honoraires pratiqués pour des actes chirurgicaux de reconstruction mammaire. Celle-ci constitue une étape indispensable pour se reconstruire physiquement et psychologiquement, après avoir perdu une partie de ce qui nous fait femme.
Aujourd’hui encore, trop de femmes renoncent à cette reconstruction pour des raisons financières. Cette proposition de loi instaure la prise en charge intégrale du renouvellement des prothèses mammaires et des sous-vêtements adaptés à ces dernières. Elle crée un forfait de 180 euros pour la prise en charge des soins de support indispensables face aux effets indésirables du traitement, tels qu’un suivi psychologique ou nutritionnel. Elle autorise également le remboursement de la dermopigmentation de l’aréole.
Je regrette le comportement un peu mesquin des groupes de gauche et de la Macronie qui ont rejeté en première lecture notre amendement qui visait à prendre en charge intégralement la dermopigmentation réparatrice en 3D. Cette précision était nécessaire pour répondre au mieux aux attentes des patientes : obtenir un résultat au plus proche de la réalité d’un sein naturel – celui qu’elles avaient avant la maladie.
Je déplore également le rejet de notre amendement qui visait à nourrir une réflexion sur l’ouverture du dépistage du cancer du sein à partir de 40 ans, afin de prendre en charge la maladie plus précocement. Une réflexion mériterait d’être menée pour améliorer l’offre de soins sur tout le territoire. La présence de déserts médicaux est susceptible de retarder le dépistage de ces cancers dans la ruralité et les outre-mer. À Paris, il y a 234 médecins généralistes, et autant de spécialistes, pour 100 000 habitants. Dans le Tarn-et-Garonne, il y en a moitié moins. À Mayotte, le nombre chute à 49. La lutte contre le cancer du sein est aussi une lutte contre l’insécurité médicale qui touche la ruralité et les outre-mer.
Ces précisions étant faites, et parce que ce texte améliorera indéniablement le quotidien de centaines de milliers de femmes touchées par cette maladie, le groupe Rassemblement national se prononcera en sa faveur. (Applaudissements sur divers bancs. – Les députés des groupes RN, DR, HOR, LIOT et UDR se lèvent et applaudissent longuement.)